Avez-vous déjà ressenti que l’erreur vous était moins « permise » ?
Oui, je l’ai ressenti. Mais avec le recul, je pense que la question est plus complexe qu’elle n’y paraît. Une part de ce sentiment vient peut-être du regard extérieur, mais une autre vient aussi de l’exigence que l’on s’impose à soi-même. Pendant longtemps, les femmes ont intériorisé l’idée que l’autorité, la prise de décision ou la capacité à diriger étaient des qualités plutôt masculines. Même si les choses évoluent, ces représentations continuent parfois d’agir inconsciemment. Cela peut créer une forme de pression supplémentaire : on veut prouver que l’on est légitime, et donc éviter l’erreur à tout prix. On le voit très bien dans la manière d’aborder l’entrepreneuriat. Beaucoup de femmes attendent d’avoir réuni toutes les compétences, toutes les garanties, toutes les conditions avant de se lancer. À l’inverse, les hommes sont souvent plus enclins à avancer même s’ils ne maîtrisent pas encore tout, en considérant qu’ils apprendront en chemin. Au fond, la question n’est peut-être pas seulement celle du droit à l’erreur, mais de la manière dont chacun se sent autorisé à essayer. Et c’est précisément là que les représentations culturelles jouent encore un rôle.