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LA TABLE RONDE DE LBI

Entreprendre au féminin

“Lorsque l’on me ramène à ce que je suis, je ramène à ce que je fais” – Hélène Perrymond, Anakena Studio.

En 2025, les femmes représentent 31,1 % des entreprises créées en France. Un chiffre en hausse, qui démontre une transformation plus profonde : celle d’une génération de femmes qui prennent leur place, redéfinissent les règles et, surtout, choisissent leur propre manière d’entreprendre.

C’est précisément ce que les membres de La Bonne Idée sont venues explorer lors de la table ronde du 11 mars, organisée chez Anakena. Autour de la table : Katie NatBy Katie Nat, Marie-Amélie CremadeillsCrem’s, Aurore PerrotMonique + Marcel & Hélène PerrymondAnakena. Des parcours différents, des histoires singulières, mais une même envie de mettre des mots sur ce que signifie entreprendre aujourd’hui, en tant que femme.

Animée par Sophie Iborra, journaliste et experte des questions d’inclusion à La Tribune et créatrice du podcast Les Héritières. La discussion s’est rapidement éloignée des discours attendus pour laisser place à quelque chose de plus brut, de plus vrai : des vécus.

Entreprendre ne commence jamais vraiment au moment où l’on crée son entreprise. Tout commence bien avant. Dans l’enfance, dans l’éducation, dans les modèles que l’on observe, ou ceux qui manquent. Deux trajectoires se dessinent presque naturellement. Celles qui ont dû se battre très tôt pour légitimer leur place, et celles pour qui entreprendre s’est imposé comme une suite logique.  Mais très vite, un point commun s’impose. Une sorte de fil invisible qui relie tous les parcours : la liberté. Pas une liberté “bonus”. Une liberté nécessaire vitale, même. Pour Aurore Perrot, c’est le besoin de retrouver une autonomie perdue et de casser des codes trop étroits. Pour Sophie Iborra, celui de refuser un cadre salarié qui ne lui correspond pas. Pour Marie-Amélie Cremadeills, l’envie de sortir d’un modèle dans lequel elle ne se reconnaissait plus.

Ici, entreprendre n’est pas seulement une ambition. C’est une respiration. Une manière de reprendre la main sur sa vie. Mais cette liberté a un prix. Très vite, les échanges ont fait émerger des réalités partagées. D’abord, celle de la légitimité. Ou plutôt, du manque de légitimité. Ce sentiment persistant qui pousse à devoir prouver, encore et encore, que l’on est à sa place. Dans le regard des autres, bien sûr. Mais aussi dans le sien.

Dans certains environnements, notamment masculins des codes implicites persistent : jupe longue, rouge à lèvres, pour ne pas attirer l’attention ou être jugée « inappropriée » explique Aurore Perrot, ou Katie Nat qui raconte

« on m’a demandé de trouver un autre prénom parce qu’il y avait déjà une « Katie » dans l’entreprise »

Révélant à quel point le corps et l’identité des femmes restent, encore aujourd’hui, encadrés par des normes invisibles. Entre sexualisation et contrôle des apparences, s’exerce une pression diffuse mais constante, qui vient complexifier davantage ce parcours. Une réalité qui illustre la manière dont l’identité des femmes peut encore être contrainte par des normes invisibles.

Mais le sujet dépasse largement le cadre professionnel. Il s’invite dans la sphère personnelle, familiale. Dans les conversations, dans les silences aussi. Katie évoque par exemple la difficulté à faire reconnaître la coiffure comme un métier “sérieux”. Jusqu’à ressentir le besoin de se présenter comme “cheffe d’entreprise” pour être entendue autrement. Comme si les mots devaient parfois compenser les regards. Enfin, vient la charge mentale. Celle dont on parle beaucoup, mais que l’on mesure encore mal. Entreprendre, ce n’est pas seulement gérer une activité. C’est penser à tout, tout le temps. Anticiper, décider, douter, recommencer. Et souvent, en parallèle, continuer à porter d’autres rôles, d’autres attentes.

Marie-Amélie Cremadeills confie

« Je ne m’autorise pas à dire non… Je me sens différente tout le temps ».

Les femmes ressentent une pression liée à l’éducation, des cases où ces femmes sont rangées sans arriver à en sortir, encore aujourd’hui. Sophie Iborra affirme que selon les chiffres du haut conseil de l’égalité entre les hommes & les femmes, une grande majorité des jeunes hommes entre 15-24 ans trouvent normal que ce soit leurs femmes qui s’occupent des enfants et ne travaillent pas. Une pression qui se manifeste aussi dans la nécessité de constamment prouver que leurs choix sont légitimes et de se battre pour exister. Aurore, elle, évoque un quotidien où le travail déborde sur tout le reste :

“Mon corps changeait avec le stress. Tout gérer c’est une charge mentale qui est compliqué. Pendant la nuit je me réveillais en pensant à mes tableaux Excel, tu ne penses qu’à ça”.

Derrière les réussites visibles, il y a cette réalité-là aussi. Moins racontée, mais essentielle.

Malgré les doutes, les freins, les injonctions, quelque chose se déplace. Ces femmes avancent. Elles transforment ce qui pourrait être des obstacles en leviers. Elles redéfinissent les contours de l’entrepreneuriat, à leur manière. Sans forcément chercher à entrer dans des cases existantes. Mais plutôt en créant les leurs. C’est peut-être ça, au fond, qui ressort de cette table ronde.

 

Entreprendre, pour ces femmes, ce n’est pas seulement créer une entreprise. C’est s’autoriser à exister autrement. À prendre de la place. Et, doucement mais sûrement, à changer les règles du jeu.

La Bonne Idée Toulouse